Comment pardonner une infidélité ? Une thérapeute de couple répond avec franchise

Apprendre que son mari ou sa femme a été infidèle, c’est un séisme. En quelques secondes, tout bascule : l’histoire partagée, la confiance construite année après année, les projets communs. Et au milieu du chaos émotionnel, une question s’impose avec une urgence brutale — rester ou partir ? Pardonner ou ne pas pardonner ?
D’après un sondage YouGov publié en 2022, environ 46 % des hommes et 38 % des femmes en France ont déjà été infidèles à leur conjoint(e). Des chiffres qui rappellent que la tromperie, aussi douloureuse soit-elle, n’est pas une expérience rare. Pour ceux et celles qui font le choix de rester, la question devient : par où commencer à se reconstruire ? La thérapeute de couple Maylis Duffaut partage son approche — lucide, exigeante et profondément humaine.
Première étape : comprendre les causes, pas seulement les juger
Contre-intuitif, peut-être. Mais Maylis Duffaut est claire là-dessus : le pardon ne peut pas s’amorcer sans une compréhension sincère de ce qui s’est passé. « Je crois que la première étape, c’est de comprendre les causes de l’infidélité, en prenant conscience de la co-responsabilité des deux conjoints », explique-t-elle.
Cela ne signifie pas excuser la tromperie ni en minimiser l’impact. Cela signifie se poser honnêtement la question : qu’est-ce que le partenaire infidèle est allé chercher hors du couple ? Qu’est-ce qui lui manquait ?
La thérapeute précise que, dans la majorité des cas — en particulier lorsqu’il s’agit d’une liaison impliquant une dimension émotionnelle, et non d’un simple écart physique — il est rarement question de sexualité pure. « On constate plutôt un manque d’intimité du cœur entre les conjoints » : un déficit de communication, de lien, de proximité affective. Des signes avant-coureurs que le couple n’avait peut-être pas su — ou voulu — identifier à temps.
La volonté de repartir doit venir des deux
Une fois les causes identifiées, une question encore plus fondamentale se pose : les deux partenaires veulent-ils vraiment repartir ensemble ? Pas par habitude, par peur de la solitude ou par confort financier — mais par une volonté profonde et sincère de reconstruire quelque chose de solide.
« Le désir doit être profond et individuel afin de repartir sur des bases saines », insiste Maylis Duffaut. Cette symétrie d’engagement n’est pas négociable. Si l’un des deux traîne les pieds ou accepte par résignation, le travail de reconstruction sera vain.
Du côté de la personne infidèle, deux prérequis s’imposent : reconnaître l’acte commis, et accepter la blessure qu’il a infligée. Le déni ou la minimisation — « tu exagères, ce n’est pas si grave » — est une impasse absolue. Impossible d’avancer si la réalité de la douleur de l’autre n’est pas pleinement reconnue.
Du côté de la personne trompée, la vigilance porte sur un piège subtil mais dévastateur : le pardon de façade. Accorder un pardon de façade pour mieux faire payer l’autre ensuite — à travers des reproches répétés, un contrôle excessif, une rancœur rentrée — n’est pas un pardon. C’est une autre forme de violence. Maylis Duffaut l’appelle le « pardon pour de faux », et elle met clairement en garde contre cette tentation.
Se remettre d’une tromperie : le couple doit se réinventer
C’est peut-être le point le plus difficile à accepter : après une infidélité, le couple d’avant n’existe plus. Il ne peut plus exister. « La relation doit être redéfinie », dit la thérapeute. L’objectif n’est pas de revenir à ce qu’on était — c’est de construire quelque chose de nouveau sur les fondations de l’ancien.
Concrètement, cela passe par un travail sur les valeurs du couple. Quelles sont les règles du jeu ? Qu’est-ce qui est acceptable, et qu’est-ce qui ne l’est pas ? L’exclusivité sur laquelle vous vous étiez accordés il y a dix ou vingt ans est-elle toujours ce que vous souhaitez tous les deux ? Ces questions, souvent évitées dans la vie quotidienne, deviennent incontournables.
Ce n’est pas un exercice confortable. Mais c’est précisément dans cet inconfort que se trouve la possibilité d’une reconstruction authentique — et non d’une simple cicatrisation en surface.



