Insolite

« Macron ordure » : une militante interpellée à son domicile après un post Facebook, jugée en juin

C’est une visite à laquelle Valérie, habitante de la région de Saint-Omer, ne s’attendait pas. Ce vendredi 24 mars, la Française s’est retrouvée nez à nez avec trois policiers, lorsqu’elle a ouvert la porte de son domicile. Ceux-ci l’ont alors interpellée, avant qu’elle ne soit placée en garde à vue. « Je leur ai demandé si c’était une blague ; c’est la première fois que je suis arrêtée », a-t-elle expliqué à La Voix du Nord.

Le motif : elle est soupçonnée d’avoir écrit « Macron ordure » devant le dépôt de déchets d’Arques, ce qu’elle nie fermement. Une enquête a été ouverte à la suite d’une plainte contre X déposée par le sous-préfet de l’arrondissement de Saint-Omer, Guillaume Thirard. Une procédure qui interroge sur les limites de la liberté d’expression et sur la proportionnalité de la réponse judiciaire.

Un post Facebook qui fait réagir les autorités

Trois jours plus tôt, le mardi 21 mars, Valérie s’emparait de sa page Facebook personnelle pour y poster un message contre le président de la République Emmanuel Macron : « L’ordure va parler demain à 13 heures, pour les gens qui ne sont rien, c’est tjrs (sic) à la télé que l’on trouve les ordures », avait-elle écrit, selon les informations rapportées par La Voix du Nord.

Le lendemain, Emmanuel Macron devait en effet donner une interview très attendue dans les JT de TF1 et de France 2, pour s’exprimer sur la très controversée réforme des retraites, qui a entraîné plusieurs manifestations dans le pays. La publication de la Française a donc particulièrement interpellé les enquêteurs, qui n’ont pas été convaincus par les explications de Valérie.

Sur sa page, ouverte à tous, Valérie n’a pas utilisé de pseudonyme. Elle s’exprime sous son vrai nom. Son profil est public. En quelques heures, son post a été partagé, commenté, signalé. Et c’est ce signalement qui a déclenché la procédure.

« On veut faire de moi un exemple »

Choquée par son interpellation, Valérie a estimé savoir pourquoi elle avait droit à un traitement aussi sévère : « On veut faire de moi un exemple. Je ne suis pas l’ennemi public n°1 […] Je dis souvent ce que je pense, mais toujours dans le respect de la loi […] On est dans une période où l’intimidation est forte et elle se fait sur les militants », a-t-elle déclaré.

Valérie, qui se dit « militante depuis une vingtaine d’années », sera jugée par le tribunal le 20 juin prochain. Elle encourt une amende (jusqu’à 12 000 euros) et, théoriquement, une peine de prison (jusqu’à un an), même si la peine de prison ferme est très rare pour ce type de délit (injure publique envers le président de la République).

Depuis son interpellation, Valérie dit avoir reçu des messages de soutien, mais aussi des menaces. Elle a fermé sa page Facebook. Elle ne souhaite plus s’exprimer publiquement avant son procès. Son avocat, Me Dupont, a déposé une demande de nullité de la garde à vue, estimant que les conditions n’étaient pas réunies.

Injure envers le président : ce que dit la loi

L’article 26 de la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881, modifié en 2013, punit l’injure publique à l’égard du président de la République. Cette infraction est passible d’une amende de 12 000 euros (contre 45 000 euros auparavant). La peine de prison (d’un an) a été supprimée en 2013, mais elle reste théoriquement possible pour les injures à caractère raciste ou discriminatoire.

En pratique, les condamnations pour injure à l’égard du président sont rares. Depuis 2013, seuls quelques cas ont été jugés, avec des amendes généralement symboliques (de 500 à 1 500 euros) et parfois un sursis. Les interpellations et les gardes à vue sont plus fréquentes, mais la plupart des affaires sont classées sans suite.

Pourquoi ? Parce que la loi de 1881 a été conçue pour protéger le chef de l’État contre des attaques personnelles graves, et non pour censurer la critique politique. Or, la frontière est parfois mince. « Macron incompétent » relève de la critique. « Macron ordure » relève de l’injure. Mais est-ce une injure suffisamment grave pour justifier une garde à vue ? Le débat est ouvert.

Le rôle du sous-préfet : plainte contre X

Dans cette affaire, le sous-préfet de Saint-Omer, Guillaume Thirard, a déposé plainte contre X. Une procédure inhabituelle, mais pas exceptionnelle. Les représentants de l’État peuvent se porter partie civile lorsqu’ils estiment que l’ordre public ou le respect dû aux institutions a été outragé.

Mais certains y voient une forme d’intimidation. « On utilise la loi de 1881 pour faire taire les opposants », dénonce un avocat spécialisé. « C’est une arme politique. » D’autres estiment que le sous-préfet a bien agi : insulter le président, c’est insulter la fonction présidentielle, donc l’État. Une opinion qui divise.

1 2Next page
Lire la suite

Related Articles

Back to top button